Master en traduction à l’ULB

La simulation d’une agence de traduction comme outil de formation des futurs traducteurs

 

Simulation d'une agence de traduction

 

 

Introduction

 

Dans un contexte professionnel marqué par la diversification des contenus et l’évolution rapide des technologies, les traducteurs doivent souvent allier compétences techniques et de gestion et compétences linguistiques. Les métiers de la traduction sont multiples et en constante évolution. Les futurs professionnels doivent donc pouvoir s’appuyer sur une formation pluridisciplinaire, leur permettant de s’adapter à des projets et à des environnements de production variés, tout en leur offrant des occasions de confronter leurs acquis théoriques à des situations proches de la réalité du terrain.

C’est dans cette optique que le département de traduction de la faculté de Lettres, Traduction et Communication de l’Université libre de Bruxelles a mis en place, en Master 1, un exercice de simulation d’agence de traduction. Inscrit dans la continuité du cours de gestion de projet de traduction dispensé au premier quadrimestre (https://www.ulb.be/fr/programme/trad-b4900), cet exercice vise à offrir une mise en pratique approfondie et transversale des compétences développées tout au long du cursus, en mobilisant des enseignements relevant aussi bien de la traduction, de la révision, de la post-édition, de la traduction assistée par ordinateur et de la terminologie que de la localisation et du sous-titrage.

 

Un exercice ancré dans une logique professionnelle

 

La simulation prend la forme de projets de localisation menés de bout en bout par des groupes dont la taille varie en fonction des effectifs de l’année concernée. Chaque groupe crée, pour la durée de l’exercice, une agence de traduction fictive. Un chef de projet est désigné au sein de chaque équipe ; il assume la gestion globale du projet ainsi que la relation avec le client final, dont il est le point de contact privilégié. Les autres membres du groupe interviennent en tant qu’indépendants et se voient confier différentes tâches de production.

Dans la mesure du possible, ces tâches ne sont pas strictement cloisonnées. Les étudiants sont encouragés à assumer plusieurs fonctions afin de découvrir différents aspects du travail et d’élargir leur compréhension du processus de production. Ce dispositif vise avant tout à offrir aux étudiants l’opportunité d’explorer des rôles variés et de développer une vision globale du projet, tout en comprenant les interactions entre les différentes étapes de production.

Les projets confiés aux étudiants s’articulent autour de deux types de composants. D’une part, des documents aux formats Microsoft Word et Adobe InDesign, intégrant le texte à traduire ainsi que des illustrations à localiser ; d’autre part, une vidéo à sous-titrer. Les fichiers sont conçus à des fins pédagogiques et comportent volontairement certains pièges techniques et linguistiques. Le résultat attendu est une qualité optimale, reposant sur la mise en œuvre d’une chaîne complète d’étapes linguistiques et techniques.

Sur le plan linguistique, l’anglais constitue la langue source commune à l’ensemble des groupes. À celle-ci s’ajoutent, selon la composition des équipes, une ou deux autres langues sources parmi celles enseignées dans le master (néerlandais, allemand, espagnol, italien, russe, arabe et chinois). Chaque projet implique ainsi au minimum deux langues sources, la langue cible unique étant le français.

 

Gestion de projet et responsabilités partagées

 

L’un des objectifs pédagogiques majeurs de cet exercice est de montrer que la gestion de projet ne se limite pas au rôle du chef de projet. Si celui-ci coordonne le projet dans son ensemble et centralise les échanges avec le client, chaque intervenant est également responsable de la gestion de sa propre contribution, à l’image d’un freelance travaillant pour une agence de traduction.

Concrètement, les étudiants intervenant sur les tâches de production sont amenés à analyser les fichiers et instructions qui leur sont confiés, à proposer leurs propres tarifs, à établir un devis pour leur partie du projet et à transmettre un curriculum vitae professionnel au chef de projet. Ils doivent également concevoir un planning personnel réaliste, organiser une structure de répertoires cohérente, tenir un fichier de suivi et produire une facture à destination du chef de projet. Ces éléments peuvent faire l’objet de discussions ou de négociations internes, reflétant des pratiques courantes en contexte professionnel. L’exercice vise ainsi à faire prendre conscience que toute participation à un projet implique une forme de gestion, quel que soit le rôle occupé, ainsi qu’une bonne maîtrise de la communication. Dans cette optique, les étudiants sont explicitement encouragés à adopter une posture proactive, notamment dans leurs interactions avec le client et au sein de l’équipe, plutôt que d’attendre passivement des consignes.

 

Prise de contact et déroulement du projet

 

Le projet débute par une première prise de contact entre le chef de projet et le client final, suivie de la constitution de l’équipe et des premiers échanges entre le chef de projet et les ressources. Cette phase initiale est considérée comme une étape à part entière du projet et fait l’objet d’une attention particulière, tant du point de vue de la communication professionnelle que de l’analyse des besoins et des fichiers fournis.

Le rôle du client est assuré par différents enseignants du département, chacun étant associé à une langue cible spécifique. Cette diversité expose les étudiants à des profils de clients aux attentes, aux niveaux de précision et aux modes de communication différents, reflétant ainsi une réalité fréquemment rencontrée dans la pratique professionnelle.

Le déroulement du projet suit ensuite les principales étapes d’un cycle de gestion et de production. Après l’analyse initiale, les devis et plannings sont établis, les tâches sont lancées et suivies, et des rapports d’avancement sont transmis au client à intervalles réguliers. Une attention particulière est accordée à la chaîne de qualité : traduction, révision, contrôle qualité linguistique, étapes techniques, vérifications finales, échanges autour d’éventuels échantillons soumis au client et intégration des retours avant la livraison finale. Le suivi des questions adressées au client et leur traitement font également partie intégrante de l’exercice.

Tout au long du projet, l’ensemble des échanges professionnels est accessible à des enseignants chargés du suivi pédagogique. Ce cadre permet d’assurer un suivi global du déroulement des projets, tout en permettant une évaluation individualisée des contributions et des compétences mobilisées par chaque étudiant. Les enseignants-clients évaluent quant à eux la qualité linguistique et technique des productions réalisées par chaque groupe.

 

Le post-mortem comme outil professionnel et réflexif

 

À l’issue du projet, chaque étudiant rédige un rapport de post-mortem. Ce document vise à analyser le déroulement du projet, à identifier les difficultés rencontrées et à formuler des pistes d’amélioration. Dans une logique pédagogique, il est suggéré que ce rapport distingue une analyse factuelle du projet — telle qu’elle pourrait être communiquée à un client ou à un chef de projet — et une réflexion plus personnelle portant sur le vécu du projet, les enseignements dégagés et les compétences à développer ou à renforcer dans la suite du parcours professionnel. Les formes prises par ces rapports peuvent varier, mais l’objectif reste de favoriser une prise de recul structurée sur l’expérience vécue et sur ce qu’elle peut apporter à la future pratique professionnelle.

Le travail de clôture du projet inclut également un calcul de rentabilité, mené soit du point de vue de l’agence, soit du point de vue du freelance, afin de sensibiliser les étudiants aux enjeux économiques concrets de leur vie professionnelle.

 

Apprentissages et retours d’expérience

 

Les retours analysés montrent que cette simulation favorise une prise de conscience accrue de certaines réalités du secteur de la traduction. Les étudiants mesurent l’importance de la préparation et de l’analyse en amont, appréhendent les contraintes économiques liées à la gestion de projets, développent leur capacité à travailler en équipe et à gérer la pression liée aux délais et aux imprévus. L’exercice permet également à certains de découvrir des affinités particulières pour différents types de tâches, qu’elles soient linguistiques, organisationnelles ou techniques.

L’expérience met aussi en lumière des dimensions moins confortables, mais inhérentes au travail professionnel, telles que le fait de devoir collaborer avec des personnes imposées, d’assumer des rôles qui ne correspondent pas toujours aux préférences individuelles ou de faire face à des tâches perçues comme plus exigeantes. Ces situations constituent néanmoins des occasions d’apprentissage importantes, en confrontant les étudiants à des réalités qu’ils pourraient être amenés à rencontrer au cours de leur future carrière.

 

Conclusion

 

En proposant un dispositif pédagogique construit à partir de fichiers conçus à des fins pédagogiques, mais reproduisant les principales contraintes d’un projet professionnel, la simulation d’agence de traduction mise en place en Master 1 à l’ULB vise à réduire l’écart entre la théorie et la pratique. Elle offre aux étudiants une première immersion encadrée dans les processus de production du secteur et constitue un complément pertinent aux enseignements plus théoriques du cursus. À travers cette expérience, les étudiants sont amenés à développer des compétences linguistiques, techniques et organisationnelles qui les préparent concrètement à leurs futurs stages et à leur entrée sur le marché du travail.

 

Nancy Matis
Coordinatrice de l’unité d’enseignement « Simulation d’une agence de traduction »
Département de traduction et interprétation – Faculté de Lettres, Traduction et Communication
Université libre de Bruxelles
https://www.ulb.be/fr/programme/trad-b4900

 

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